Au coup d’envoi, le blocage. Le coup d’envoi de la Coupe du monde a été sifflé, et les joueurs comme les marchés sont sous pression. Ces derniers font face aux risques liés à l’énergie qui se répercutent sur l’inflation, et les bellicistes gagnent toujours du terrain. On notera cependant que les tentatives d’accord entre les États-Unis et l’Iran pourraient commencer à débloquer la situation.
La fatigue forge la résilience. Après plusieurs semaines de hausse des tensions, les marchés connaissent un regain d’appétit pour le risque. Après que Trump a annoncé des avancées sur le dossier iranien, les actions et les obligations ont augmenté, et le prix du pétrole a diminué, les investisseurs anticipant à nouveau une baisse des prix, malgré les nombreux faux départs par le passé.
L’inflation gagne du terrain. L’IPC américain a dépassé les 4 %, mais les marchés ont à peine réagi, étant donné la part que représente l’énergie dans le problème. Toutefois, l’IPP s’est révélé plus haut que prévu, boosté par le noyau dur, ce qui a refroidi les espoirs accommodants.
Les taux restent inchangés ou augmentent. La Banque du Canada maintient ses taux inchangés, tandis que la Banque centrale européenne, menant l’attaque belliciste du G7, a augmenté ses taux après trois ans sans hausse.
Le marché des changes n’évolue guère. Les taux de change, en l’absence de conviction, n’ont que très peu évolué, et aucun camp ne semble vouloir prendre de décision ferme. Le dollar américain a quelque peu reculé cette semaine, mais l’euro et la livre sterling peinent à reconquérir de manière convaincante la barre des 1,16 et 1,34 respectivement.
Des décisions importantes concernant certaines devises majeures sont attendues. Une série de réunions de banques centrales est prévue la semaine prochaine, à commencer par celle de la Fed. Outre-Manche, les élections partielles font planer le doute sur la livre sterling.
Macro mondiale
La BCE augmente ses taux face aux restrictions de politique liées à l’inflation
La BCE augmente ses taux. Comme prévu, la BCE a relevé le taux de la facilité de dépôt à 2,25 %, malgré la faiblesse de la croissance de la zone euro. L’objectif de cette hausse est d’empêcher que l’augmentation des prix de l’énergie s’inscrive dans un contexte d’inflation plus généralisée. Christine Lagarde a laissé entendre qu’une autre décision pourrait être prise prochainement : en effet, les prévisions d’inflation sont passées de 2,6 à 3 % en glissement annuel. Le conseil des gouverneurs alerte toujours sur les risques d’augmentation de l’inflation alors que les perspectives sont incertaines.
Chiffres de l’inflation aux États-Unis : conformément aux prévisions, l’IPC global des États-Unis a augmenté de 0,5 % en glissement mensuel et de 4,2 % en glissement annuel. Néanmoins, l’IPC de base a été plus faible que prévu : il augmente de 0,2 % en glissement annuel et de 2,9 % en glissement annuel (contre 0,3 et 3,0 prévus respectivement). La faiblesse des indicateurs de base a été compensée par la hausse des prix à la production. L’IPP final de la demande a atteint 6,5 % en glissement annuel (contre une prévision de 6,4 %), et l’IPP de base s’est établi à 5,4 % en glissement annuel (conformément aux prévisions). La pression sur les pipelines n’a donc pas faibli. Il faut ajouter à cela la hausse des demandes initiales d’allocations chômage (229 000, soit 9 000 de plus que prévu) et des demandes continues (1,795 millions contre 1,780 millions prévus). Les chiffres des États-Unis font finalement état d’une inflation sous-jacente qui faiblit quelque peu, mais qui ne semble pas ralentir vraiment en ce qui concerne les pressions inflationnistes et les chiffres décevants de l’emploi.
L’Amérique du Nord scindée. Au Mexique, l’IPC de mai a atteint 3,94 % en glissement annuel (contre 4,03 % prévus), et l’IPC sous-jacent a augmenté de 0,22 % en glissement mensuel contre +0,24 % attendu, ce qui apporte de l’eau au moulin désinflationniste. La Banque centrale du Canda, quant à elle, a maintenu ses taux à 2,25 %, conformément aux prévisions. Elle a invoqué une faible activité économique intérieure et l’incertitude des perspectives extérieures.
Divergence en Asie. Le PIB définitif du Japon pour le premier trimestre s’est établi à +0,5 % en glissement trimestriel, contre +0,3 % prévu, confirmant ainsi que la dynamique de croissance au premier trimestre a été plus solide que ne l’avaient anticipé les marchés. L’IPC chinois de mai s’est établi à +1,2 % en glissement annuel contre +1,3 % prévu, tandis que l’IPC mensuel a reculé de 0,1 % en glissement mensuel, ce qui indique un affaiblissement de la demande sous-jacente alors même que l’inflation du côté des producteurs reste élevée. La BCE a relevé le taux de la facilité de dépôt à 2,25 %.
Perspectives sur le marché des changes
Les mesures prennent de l’ampleur, mais les discours s’apaisent
USD : Malgré la situation géopolitique compliquée, l’USD se maintient. Le DXY (indice du dollar) n’a presque pas changé par rapport au début de la semaine, malgré le renouvellement des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Face aux épisodes d’intensification du conflit, l’administration américaine a réagi dans ses discours de manière plus conciliante. En conséquence, la hausse des prix du pétrole a été contenue, tout comme celle du dollar. Côté macroéconomique, les chiffres de l’IPC ont été globalement identiques aux prévisions, mais indiquent tout de même une légère hausse de la pression inflationniste. En ajoutant à cela les données favorables du marché du travail, les arguments en faveur d’une posture plus belliciste de la Fed se renforcent jusqu’à la fin de l’année, ce qui viendrait soutenir le billet vert. Actuellement, les marchés anticipent environ une hausse des taux d’ici la fin de l’année. Dans un contexte d’optimisme renouvelé quant à l’apaisement des tensions, le DXY devrait rester sous la barre des 100 à la fin de la semaine. Il est probable que cette barre soit franchie la semaine prochaine si les négociations de paix n’aboutissent à rien de tangible ce week-end et si Kevin Warsh se montre belliciste à la prochaine réunion.
EUR : la BCE ne parvient pas à stimuler l’euro. Le caractère belliciste de la BCE lors de sa réunion de juin n’a que peu soutenu l’euro. La paire EUR/USD n’est pas parvenue à atteindre la barre des 1,1550 après être passée sous le seuil des 1,16 la semaine dernière, en raison des bonnes données américaines. Une hausse plus conséquente vers la barre des 1,16 est attribuable à un regain d’optimisme en ce qui concerne le détroit d’Hormuz. Christine Lagarde a reconnu que les pressions inflationnistes ne concernent pas seulement l’énergie, mais est restée globalement évasive en ce qui concerne de futures hausses. Les marchés anticipent actuellement une nouvelle hausse d’ici septembre et deux d’ici la fin de l’année, tandis que les anticipations d’inflation pour les 12 prochains mois se situent autour de 3 % sur le swap à un an. La BCE a revu à la hausse ses prévisions d’inflation, ce qui est cohérent avec ce point de vue. Cette situation suggère que le seuil pour des mesures de resserrement monétaire et de nouveaux gains de l’euro augmenterait. Pour l’heure, la paire EUR/USD dépend toujours de l’actualité géopolitique et de la réunion de la Fed la semaine prochaine. La paire devrait flirter avec la barre des 1,15, à condition qu’aucun progrès tangible ne soit effectué en ce qui concerne les accords de paix au détroit d’Hormuz.
GBP : Reste sur le seuil. Cette semaine, la livre sterling s’est montrée résiliente : elle a décollé de la zone des 1,33 face au dollar américain à mesure que l’appétit pour le risque se stabilisait, mais elle reste bloquée sous une résistance clé située près de la moyenne mobile sur 200 jours, aux alentours de 1,3420. Même si la paire GBP/USD a quelque peu progressé, l’augmentation est limitée par un contexte toujours favorable au dollar américain, lequel est soutenu par une croissance et des différentiels de rendements réels plus élevés outre-Atlantique. Face à l’euro, la livre sterling s’est maintenue, testant une nouvelle fois le seuil de 1,16, soutenue par une dynamique haussière, l’attrait des opérations de carry trade et les mouvements de positionnement, même si une cassure durable reste difficile à concrétiser. Il est à noter que la stabilité de la livre sterling est davantage attribuable à des facteurs externes qu’à la vigueur de la situation intérieure. Les données économiques du Royaume-Uni sont en baisse, tandis que la situation politique incertaine du pays, commence à se faire sentir. De nombreux événements vecteurs de risques sont attendus : la réunion de la Fed et de la BoE, ainsi que l’élection partielle de Makerfield. Nous estimons donc que les risques diminuent légèrement pour la livre sterling malgré l’appétit pour le risque à l’échelle mondiale reste élevé. Étonnamment, les marché des options ne semblent pas indiquer une grande volatilité.
CHF : Taux et risques liés au référendum. Malgré l’incertitude persistante de la situation géopolitique dans le Golfe, le franc suisse a fait face à une pression à la vente accrue. La paire EUR/CHF est remontée vers la zone des 0,92, ce qui confirme l’idée selon laquelle le franc suisse est actuellement plus sensible aux écarts de taux qu’aux flux vers les valeurs refuges. Cette évolution s’explique en grande partie par la vague de ventes mondiale sur la partie courte de la courbe, où les taux suisses restent stables et réagissent avec un certain décalage aux fluctuations extérieures, ce qui permet à la dynamique de la partie courte de la courbe de l’euro de dominer. La tendance baissière de longue date de la paire EUR/CHF, qui remonte à 2021, est désormais remise en question, ce qui marque un tournant important pour le sentiment général. Parallèlement, la paire USD/CHF continue de refléter de manière significative le dénouement en cours des positions prises sur la dépréciation du dollar. Pour aggraver encore la situation du franc, la BNS a réaffirmé sa volonté accrue d’intervenir, les données sur le marché des changes du premier trimestre devant probablement révéler une reprise de l’activité. Par ailleurs, le référendum populaire du 14 juin introduit un nouveau risque marginal, susceptible d’avoir des répercussions sur le modèle de croissance de la Suisse et ses relations avec l’UE, ce qui rend le franc suisse vulnérable.