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Les marchés à la merci de l’actualité

La semaine est pour le moins chargée : les incertitudes entourant les tarifs douaniers, le climat géopolitique tendu, les inquiétudes liées aux actions technologiques dépendantes de l’IA et une réaction mitigée aux résultats de Nvidia ont pesé sur le sentiment. Pour couronner le tout, le prix des métaux s’envole et la livre sterling recule.

Convera Weekly FX Report

Imbroglio tarifaire. C’est un début de semaine délicat sur les marchés, en raison de l’ambiguïté liée aux tarifs douaniers. La décision de la Cour suprême concernant l’IEEPA et le passage à des tarifs douaniers de substitution de 15 % se sont traduits par un renouveau du pessimisme à l’égard du dollar lié à la viabilité budgétaire et à la nécessité d’une plus grande diversité de devises.

Diplomatie des échéances. L’ultimatum lancé par le président Donald Trump à Téhéran du 1er au 6 mars concernant son programme nucléaire a propulsé l’actualité géopolitique au premier plan. Résultats : les prix du pétrole subissent de fortes fluctuations alors que les marchés tentaient de concilier des informations contradictoires sur l’état des négociations.

L’IA inquiète. Suite à un compte rendu de Citrini Research faisant état de scénarios hypothétiques de perturbations liées à l’IA, les traders ont vendu en masse leurs actions. Cette situation est révélatrice du fait que les investisseurs sont très sensibles aux tendances baissières du secteur technologiques.

Nvidia aux abonnés absents. Les résultats de Nvidia ne sont pas parvenus à soutenir l’ensemble des valeurs technologiques, les marchés étant déçus par le manque de clarté concernant les moteurs du secteur, ce qui a entraîné un renversement rapide des gains boursiers.

Flambée des métaux. L’or est en passe de connaître sa plus forte progression mensuelle depuis 1973, tandis que l’argent s’apprête à enregistrer un dixième gain mensuel consécutif (sa plus longue série depuis plusieurs dizaines d’années) malgré les turbulences en début de mois.

La livre sterling recule. La livre sterling a atteint son plus bas niveau en deux mois face à l’euro après la défaite du parti travailliste aux élections partielles. Cet événement a ravivé l’incertitude politique au Royaume-Uni et accru le risque de nouvelles pressions sur les obligations d’État et la livre sterling si le leadership de Keir Starmer est mis à rude épreuve.

Chart: Gold is on track for its strongest monthly run since 1973

Macro mondiale
L’article qui a secoué les marchés

Citrini provoque des secousses. Le rapport « 2028 Global Intelligence Crisis » de Citrini Research a mis en évidence les craintes latentes du marché en 2026. En prévoyant un scénario catastrophe de chômage à 10 % en raison de l’IA et un effondrement du S&P 500 provoqué par la demande, le rapport offre une nouvelle perspective sur l’intelligence artificielle. L’IA n’y est pas un catalyseur de croissance, mais un outil disruptif qui liquide la valeur plus efficacement qu’il n’en crée. La réaction du marché a moins mis en exergue la fiabilité du rapport que la disposition des investisseurs à adopter un discours pessimiste, notamment pour les modèles commerciaux particulièrement susceptibles à la numérisation, la réplication ou la désintermédiation.

Le secteur technologique inquiète. Nvidia a tenu ses promesses, mais le « coup de maître » a perdu de son attrait. Malgré la demande toujours très soutenue d’agents IA, l’attention du marché s’est déplacée vers la nature à somme nulle de cette dynamique : les marges de Nvidia sont les coûts des hyperscalers. Les inquiétudes autour du retour sur investissement ont déclenché un mouvement de vente, faisant reculer le Nasdaq d’environ 1 % et relançant la hausse de l’indice VIX.

Chine. De retour après une longue pause des marchés, la PBOC a maintenu pour le neuvième mois consécutif ses taux préférentiels de prêt (LPR) à un an et à cinq ans inchangés, à 3,00 % et 3,50 %, privilégiant la stabilité. Cependant, le commerce avec la Chine reste instable : les États-Unis ont en effet entamé de nouvelles enquêtes en vertu de l’article 301 sur les pratiques commerciales chinoises.

Marché du travail américain. Les demandes d’allocations chômage ont légèrement augmenté pour atteindre 212 000, soit moins que les 215 000 prévus. Les demandes continues ont quant à elles atteint leur plus bas niveau en 10 mois. Ces données confirment un environnement de faible embauche et de faible licenciement qui reste résilient malgré les turbulences générales du marché.

Europe. Les données de l’indice Ifo allemand ont signalé une reprise prudente du moral des consommateurs en février. Cependant, les tensions commerciales continuent d’assombrir le tableau. Les responsables européens menacent désormais de geler les ratifications commerciales avec les États-Unis tant que les récentes menaces de tarifs douaniers à 15 % ne seront pas résolues.

Chart: Rising equity vol in 2026 stops short of FX and bonds

Perspectives sur le marché des changes
Une situation toujours floue

USD : le dollar maintient son cap. Cette semaine, l’indice du dollar (DXY) s’est consolidé, suivant de près la moyenne mobile à 50 jours. Avec une courbe désormais quasi plate, l’indice continue d’indiquer une orientation générale dont l’ampleur reste limitée. Faute de données marquantes (à l’exception des indicateurs de confiance du Conference Board plus optimistes) le dollar a eu du mal à s’appuyer sur des moteurs macroéconomiques susceptibles de justifier une progression cette semaine. Côté sentiment, le marché des options affiche une nette amélioration (voir le graphique à droite), même s’il demeure encore dépourvu de conviction directionnelle forte. Les marchés dans leur ensemble restent prudents, ce qui explique en partie l’hésitation technique autour du test de la moyenne mobile à 50 jours, les investisseurs attendant davantage de clarté sur la nouvelle dynamique commerciale apparue après la décision de la Cour suprême concernant les tarifs douaniers de Donald Trump. Pendant ce temps, la montée des tensions entre l’Iran et les États‑Unis (avec Washington déployant ce qui constitue son plus important dispositif militaire dans la région depuis 2003) soutient le dollar par le canal pétrolier, en raison de l’impact des risques géopolitiques sur les prix de l’énergie. Le risque géopolitique a renforcé le rebond du dollar depuis son plus bas de janvier à 95,551, mais cela reste insuffisant pour faire franchir à l’indice le seuil des 98, sauf si les tensions s’intensifient davantage.

EUR : Le dollar continue de dominer. La paire EUR/USD termine la semaine en hausse d’environ 0,2 %, sans pour autant afficher de véritable orientation. Le dollar continue de guider l’évolution des prix, tandis que les responsables de la BCE adoptent une position neutre sur les perspectives de politique monétaire. La paire évolue le long de sa moyenne mobile à 50 jours, autour de 1,1777, mais a hésité à passer sous le niveau de 1,18. Cette hésitation reflète en partie l’incertitude sur l’interprétation de la décision de la Cour suprême concernant le pouvoir de fixation des tarifs du président américain Donald Trump. Jusqu’à présent, les marchés considèrent que la décision n’avantage clairement ni la zone euro, ni les États-Unis. Les tarifs douaniers sont actuellement fixés à 10 %, en dessous du niveau convenu précédemment de 15 %. Un retour à 15 % ne serait pas perçu comme une détérioration. Dans ce contexte, les fluctuations sur le marché des changes restent limitées, tandis qu’un ton prudent prévaut en raison d’une incertitude toujours élevée.

Chart: US dollar sentiment improves from January turmoil

GBP Déclin de février. La paire GBP/EUR a baissé dans plus de 60 % des mois de février enregistrés. Cette année n’a pas fait exception à cette tendance saisonnière. La révision à la baisse des anticipations vis-à-vis de la Banque d’Angleterre, la faiblesse des données britanniques et l’incertitude politique ravivée après la défaite du parti travailliste lors de l’élection partielle ont fait reculer la paire GBP/EUR de plus de 1 %, atteignant un nouveau plus bas sur deux mois. La moyenne mobile à 100 jours, autour de 1,1456 €, qui servait de support fiable depuis janvier, est désormais devenue une résistance, renforçant le changement de dynamique. La paire GBP/USD a reculé de 1,4 %, mettant fin à une série de trois mois de gains et annulant les performances accumulées depuis le début de l’année, bien que la tendance haussière plus large en place depuis 2022 reste intacte. La livre sterling a également été sensible aux variations du sentiment mondial, mais l’évolution la plus significative reste la réapparition d’une prime de risque spécifique au Royaume-Uni. Ce mois-ci, la livre ne surperforme que 4 % d’un panier global de 50 devises, signe que les investisseurs réclament une prime supplémentaire pour l’incertitude politique et macroéconomique domestique, plutôt que de se tourner simplement vers le dollar ou l’euro. Bien qu’aucun changement de politique immédiat ne soit attendu, le contexte politique demeure une source potentielle de volatilité. Un mauvais résultat lors des élections locales de mai pourrait accentuer la pression interne sur la direction du parti et maintenir une prime de risque intégrée aux actifs britanniques.

CHF Le franc atteint un plancher. Le franc semble avoir trouvé un plancher à court terme autour de 0,91 face à l’euro, mais les forces structurelles sous-jacentes qui soutiennent le CHF restent intactes. La faible dette de la Suisse, la stabilité de son cadre macroéconomique et la prévisibilité de sa politique monétaire continuent de la distinguer des économies confrontées à des incertitudes fiscales et à des risques géopolitiques. La faible inflation en Suisse et sa solide position budgétaire renforcent l’attrait du franc en tant que valeur refuge « semblable à l’or ». De plus, les récentes déclarations de la BNS indiquant qu’elle tolérerait des indices d’inflation négatifs en 2026 laissent entendre que toute intervention ou assouplissement de politique visant à affaiblir le franc resterait soumise à des conditions très strictes. Parallèlement, la demande pour les valeurs refuges devrait rester soutenue dans un contexte de tensions géopolitiques et commerciales élevées. Cependant, une réévaluation plus « restrictive » des anticipations autour de la Fed, couplée à la hausse des prix du pétrole liée aux tensions persistantes entre les États‑Unis et l’Iran, pourrait effectivement soutenir une progression de la paire USD/CHF à court terme ; parallèlement, un contexte de stabilisation en zone euro pourrait offrir un soutien temporaire à la paire EUR/CHF.