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Bonnes nouvelles, mauvaises nouvelles ?

Le dollar affiche toujours une certaine vigueur grâce à de solides données économiques et une situation géopolitique favorable aux États-Unis. Les chiffres solides de l’emploi tempèrent les espoirs de baisse des taux, les actions perdent de leur élan, le pétrole alimente l’inflation, la volatilité reste faible, le Japon laisse entrevoir une intervention sur le marché…

Convera Weekly FX Report

Toujours plus fort. La vigueur du dollar reste difficile à contenir, soutenue par la résilience macroéconomique persistante des États-Unis et la recrudescence des tensions géopolitiques (entre les États-Unis et l’Iran), qui ont suscité une légère aversion au risque sur les marchés.

Les salaires explosent. Du côté des données, 172 000 emplois non agricoles aux États-Unis ont été créés, dépassant largement les prévisions et réduisant à néant toute perspective d’une baisse des taux de la Fed dans un avenir proche, ce qui pourrait commencer à peser davantage sur l’appétit pour le risque à l’échelle mondiale.

La dynamique des actions fléchit. L’indice S&P 500 pourrait bien mettre fin à neuf semaines consécutives de hausse, sous le poids de la faiblesse des titres liés à l’IA et de la prise de conscience croissante d’un contexte de taux élevés pendant plus longtemps.

Le prix du pétrole reste élevé. Avec les fluctuations persistantes liées à l’évolution de la situation au Moyen-Orient, les prix de l’énergie restent élevés, ce qui alimente les pressions inflationnistes et entraîne une hausse des rendements obligataires mondiaux.

Volatilité en baisse. Pour autant, la volatilité sur l’ensemble des classes d’actifs a nettement diminué au cours des deux derniers mois, les taux d’intérêt, les devises et les actions s’échangeant tous en dessous de leurs moyennes sur dix ans. Cette inertie pourrait bien ne pas durer encore longtemps.

Au Japon, des signaux d’intervention. Les réserves de change du Japon ont diminué d’environ 76 milliards de dollars en mai, ce qui laisse supposer une intervention à grande échelle, probablement financée par la vente de bons du Trésor américain afin de soutenir le yen.

Des décisions de banques centrales attendues. Un calendrier économique chargé s’annonce, avec les décisions de la Banque du Canada et de la BCE la semaine prochaine, suivies de celles de la Banque du Japon, de la Banque centrale australienne, de la Fed et de la Banque d’Angleterre la semaine suivante. Les regards sont par ailleurs tournés vers l’IPC américain, qui devrait dépasser les 4 %, ce qui renforce les arguments en faveur d’un nouveau resserrement monétaire de la Fed et d’une hausse des taux.

Chart: Blowout payrolls gain: 3-month average hits two-year high

Macro mondiale
Les États-Unis progressent, l’euro stagne et les prix ne bougent pas

Secteur industriel américain. Le secteur manufacturier américain a surpris à la hausse, l’indice ISM manufacturier s’établissant à 54,0 (contre une prévision de 53,3), tandis que l’indice S&P Global Manufacturing s’est établi à 55,1 (contre une prévision de 55,3). Le signal général reste donc celui d’une expansion solide de l’activité manufacturière. Dans le même temps, l’indice ISM des prix payés a reculé à 82,1 (contre une prévision de 85,5), mais il reste néanmoins à un niveau extrêmement élevé. Si la dynamique de croissance s’est accélérée, elle reste toutefois freinée par des coûts des intrants exceptionnellement élevés et des problèmes d’approvisionnement.

Prix en euros. L’IPC de la zone euro (estimation rapide pour mai) s’est établi à 3,2 % en glissement annuel, ce qui correspond exactement aux prévisions, mais il a tout de même progressé par rapport aux 3,0 % enregistrés en avril. La tendance de l’inflation reste donc défavorable. Plus important encore, l’inflation sous-jacente a atteint 2,5 % contre 2,4 % prévu, tandis que l’inflation dans le secteur des services s’est accélérée pour atteindre 3,5 %, ce qui montre que les pressions sur les prix se sont étendues au-delà du simple facteur énergétique. Cette semaine, l’Europe ne vous a pas apporté de soulagement en matière de désinflation, alors même que la croissance semble toujours atone.

Services mitigés. Le secteur des services américain est resté en phase d’expansion, l’indice ISM des services s’établissant à 54,5 contre une prévision de 53,7, mais l’indice PMI des services de S&P Global a reculé à 50,7 contre une prévision de 50,9. Le niveau est donc resté positif, même si la dynamique semblait moins impressionnante du côté des enquêtes menées dans le secteur privé. L’Europe a affiché des résultats en baisse, mais pas aussi mauvais que le laissaient présager les premières estimations : l’indice PMI composite de la zone euro a été révisé à la hausse à 48,5 (contre une prévision de 47,5), et l’indice PMI composite du Royaume-Uni a été révisé à la hausse à 49,7 (contre une prévision de 48,5).

Emploi. Le rapport sur l’emploi du mois de mai s’est révélé très positif. Le nombre d’emplois non agricoles a augmenté de 172 000, un chiffre bien supérieur aux 88 000 prévus par le consensus, tandis que les chiffres des deux mois précédents ont été révisés à la hausse, pour un total de 93 000. Ces révisions font apparaître une tendance sous-jacente plus solide, avant même de prendre en compte la hausse enregistrée en mai. Le taux de chômage s’est maintenu à 4,3 %, et le taux d’activité est resté à 61,8 %. En résumé, il s’agit là d’un nouveau résultat solide pour un marché du travail qui semble toujours résilient.

Chart: Recent upbeat macro surprises are mostly a US phenomenon

Perspectives sur le marché des changes
Données solides, soutien du dollar plafonné

USD Coincé dans la fourchette 99-99,50. L’indice du dollar (DXY) évolue dans une fourchette étroite depuis la mi-mai, comprise entre 99,00 et 99,50. Les signaux contradictoires en provenance d’Ormuz, malgré la poursuite des négociations, ont freiné l’attrait du dollar en tant que valeur refuge, tandis que les cours du pétrole, qui suivent de près l’évolution du dollar américain, restent plafonnés sous la barre des 100 dollars le baril. Au-delà de la géopolitique, les anticipations concernant la Fed sont redevenues un facteur déterminant. Les marchés anticipent globalement une hausse des taux de la Fed d’ici la fin de l’année, même si le soutien au dollar est resté limité jusqu’à présent. Par conséquent, le DXY s’est stabilisé au-dessus de 99 au lieu d’enregistrer une remontée plus soutenue. La prochaine réunion de la Fed, prévue dans deux semaines, pourrait susciter un regain de confiance, les marchés s’apprêtant à analyser la première conférence de presse de Kevin Warsh en tant que président. Pour l’heure, les doutes quant à son indépendance politique continuent de peser sur la confiance, ce qui pourrait limiter le soutien que les taux pourraient apporter au dollar. Nous prévoyons donc que la fourchette actuelle de 99,00 à 99,50 se maintiendra, à moins d’un changement significatif de la situation dans le détroit d’Ormuz. En cas de cassure, nous visons 100,00 à la hausse et 98,50 à la baisse.

EUR navigue à vue. Cette semaine, la paire EUR/USD a évolué dans une fourchette étroite, son cours étant largement paralysé par des signaux contradictoires en provenance du Moyen-Orient. La paire reste principalement influencée par le prix du pétrole et le climat général de risque, l’absence d’une voie claire vers une désescalade limitant la conviction sur le marché des changes. Les écarts de taux d’intérêt restent un facteur secondaire et, bien qu’ils soutiennent modérément le dollar américain, leur impact reste plus limité dans le contexte actuel dominé par le pétrole. Dans la zone euro, un contexte macroéconomique moins favorable contrebalance l’orientation restrictive de la BCE, limitant ainsi les perspectives d’un resserrement monétaire soutenu au-delà d’une éventuelle hausse préventive la semaine prochaine. Aux États-Unis, la bonne tenue des données soutient le dollar, même si les marchés restent prudents à l’approche de la réunion de la Fed prévue dans deux semaines. Techniquement parlant, la paire EUR/USD continue d’évoluer dans une fourchette, avec un support à 1,16 et une résistance entre 1,1650 et 1,1670. Le scénario de base table sur une poursuite de la consolidation dans cette fourchette. Une cassure à la hausse, éventuellement favorisée par un apaisement des tensions, pourrait ouvrir la voie vers 1,17, tandis qu’un regain de tensions pousserait probablement la paire vers 1,1550, avec un potentiel de baisse jusqu’à 1,15.

Chart: Risk sentiment and oil continue to set the pace

GBP Volatilité en baisse. La livre sterling est restée globalement stable cette semaine, mais la tendance sous-jacente est davantage à la fragilité qu’à la vigueur. La paire GBP/USD continue d’osciller dans une fourchette étroite comprise entre 1,34 et 1,35, son évolution étant presque entièrement dictée par des facteurs externes. La bonne tenue des marchés boursiers mondiaux a apporté un soutien ponctuel par le biais du canal du risque, mais cet effet a été contrebalancé par la hausse des prix du pétrole, un frein persistant compte tenu de la forte dépendance énergétique du Royaume-Uni. En conséquence, la livre sterling reste stable, bien que sans orientation claire, ce qui reflète un équilibre entre des facteurs macroéconomiques contradictoires. Une certaine inertie s’est également fait ressentir sur la paire GBP/EUR, qui s’est maintenue dans une fourchette étroite comprise entre 1,15 et 1,16, tout en conservant une légère tendance à la hausse. Cela reflète en grande partie les difficultés structurelles plus profondément ancrées de l’euro, notamment une dynamique de croissance plus faible et des vulnérabilités persistantes dans le domaine énergétique. Cependant, la livre sterling ne dispose pas d’un ancrage interne suffisamment solide. Compte tenu du ralentissement de la dynamique macroéconomique au Royaume-Uni et de la persistance des risques politiques, son potentiel de hausse reste limité. Dans l’ensemble, la livre sterling semble bénéficier d’un soutien plutôt passif que d’une solidité fondamentale, ce qui la prive d’un catalyseur clair susceptible de lui permettre une appréciation durable.

CHF La pression monte. Le franc suisse a été sous pression cette semaine, la paire USD/CHF ayant progressé de 1 % et la paire EUR/CHF de 0,7 %. Cela reflète principalement les fluctuations observées sur la partie courte de la courbe des taux plutôt qu’un changement fondamental dans la dynamique du franc. La BNS devant maintenir ses taux proches de zéro, les écarts de taux à court terme sont principalement influencés par l’euro, où la hausse des rendements à court terme a soutenu la parité. Parallèlement, la vigueur générale du dollar, liée à des anticipations plus fermes concernant la Fed, a pesé sur les devises à faible rendement. Tout comme le yen, le franc est de plus en plus exposé au dénouement des « opérations de dépréciation » qui avaient auparavant entraîné des afflux de capitaux vers l’or et d’autres valeurs refuges. Une poursuite de la correction sur ces actifs pourrait amener la paire USD/CHF à tester la zone des 0,80. Au niveau national, toutefois, le contexte reste favorable. Les données sur l’activité économique en Suisse continuent d’indiquer une bonne résistance, tandis que le taux de change effectif réel s’est replié par rapport à ses sommets extrêmes, ce qui atténue la pression immédiate en faveur d’une intervention. Le franc suisse reste donc fondamentalement solide, même si les flux extérieurs déterminent l’évolution des cours à court terme.