Le pétrole s’emballe de nouveau. Les prix du pétrole ont bondi de 10 % cette semaine, repassant au-dessus des 100 dollars en raison de l’intensification du conflit au Moyen-Orient. Cette envolée ravive les inquiétudes inflationnistes et complique la tâche des banques centrales à l’approche d’importantes décisions de politique monétaire prévues plus tard ce mois-ci.
Les rendements repartent à la hausse. Les rendements obligataires grimpent de nouveau à l’échelle mondiale. Celui du Trésor américain à 10 ans se rapproche désormais des 5 %, un niveau qui a historiquement mis à l’épreuve la résistance des marchés actions.
L’IA a un coût. L’essor de l’intelligence artificielle continue de soutenir les marchés actions, mais la remontée des rendements obligataires risque d’augmenter les coûts de financement des investissements massifs nécessaires au développement des infrastructures de l’IA.
L’inflation reste tenace. La persistance de l’inflation aux États-Unis a renforcé la récente hausse des rendements des Treasuries, confortant l’idée d’un resserrement monétaire supplémentaire et maintenant les risques inflationnistes au premier plan des préoccupations des investisseurs.
Une BCE au ton offensif. La BCE a relevé ses taux de 25 points de base à 2,5 %, soit la limite supérieure de sa fourchette estimée de neutralité. Son discours résolument restrictif a permis à l’euro d’effacer une partie de ses pertes précédentes.
Des taux plus élevés, plus longtemps ? Les marchés anticipent de plus en plus de nouvelles hausses de taux à travers le monde. Une hausse de 25 points de base de la Fed la semaine prochaine est désormais intégrée à hauteur de 70 %, avec une hausse supplémentaire déjà anticipée d’ici janvier.
Le yen refait parler de lui. La vigueur du yen est restée l’un des principaux thèmes du marché des changes cette semaine. Alors que l’USD/JPY a franchi des seuils techniques importants, les investisseurs surveillent de plus en plus le risque d’un nouveau mouvement de réduction des positions de carry trade.

Macro mondiale
L’inflation énergétique maintient la pression sur les banques centrales
La BCE relève ses taux. Comme attendu, la BCE a augmenté son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 %, le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient maintenant l’inflation au-dessus de son objectif. Les projections d’inflation pour 2027 et 2028 ont été revues à la hausse, tandis que les perspectives de croissance ont été améliorées.
IPC américain. L’inflation américaine d’août est ressortie supérieure aux attentes, renforçant les arguments en faveur d’une hausse de taux de la Réserve fédérale la semaine prochaine. L’IPC global a progressé de 0,4 % sur un mois et l’inflation sous-jacente de 0,3 %, soit sa plus forte hausse depuis avril. Une décision de statu quo de la Fed constituerait désormais la véritable surprise pour les marchés.
Rebond des prix à la production. Les prix à la production américains ont augmenté de 0,4 % sur un mois et de 5,4 % sur un an, au-dessus des 5,2 % attendus. Les prix de l’énergie ont progressé de 4,2 %, tandis que l’indicateur hors alimentation, énergie et services commerciaux a affiché une hausse plus modérée de 0,3 % sur un mois.
Le marché de l’emploi résiste. Les inscriptions hebdomadaires au chômage se sont établies à 206 000, en ligne avec les attentes, tandis que les demandes continues ont reculé à 1,774 million. Les licenciements demeurent limités, ce qui permet à la Fed de rester principalement concentrée sur l’inflation à l’approche de la publication de l’IPC.
Les prix progressent en Chine. L’inflation chinoise a accéléré à 0,8 % sur un an, conformément aux attentes, tandis que l’inflation des prix à la production a atteint 3,8 %, contre 3,6 % attendus. La hausse des coûts des matières premières et de l’énergie explique l’essentiel de cette progression, alors que la demande intérieure demeure relativement modérée.
La croissance s’améliore. Le PIB de la zone euro au deuxième trimestre a été révisé à la hausse à 0,6 % sur un trimestre et 1,2 % sur un an, principalement grâce aux exportations nettes. Au Japon, le PIB définitif du deuxième trimestre a également été révisé à la hausse à 0,4 % sur un trimestre, même si la stagnation de la consommation confirme que la demande extérieure reste le principal moteur de la croissance.

Perspectives sur le marché des changes
Une hausse de taux se profile, le dollar hésite
USD Une Fed offensive, un dollar qui s’essouffle
L’inflation américaine d’août a peut-être définitivement conforté le scénario d’une hausse des taux de la Fed la semaine prochaine. Les chiffres ont globalement correspondu aux attentes, mais la hausse de 0,4 % de l’IPC global ainsi qu’une inflation sous-jacente plus ferme que prévu (0,3 % contre 0,2 % anticipé) ont retenu l’attention des marchés. Les investisseurs intègrent désormais près de 85 % de probabilité d’une hausse de taux dès la semaine prochaine, ce qui continue de soutenir le dollar. Ce soutien semble toutefois relativement fragile. Les marchés se préparent depuis longtemps à une Fed plus restrictive. Le positionnement sur les contrats à terme SOFR continue de refléter un nombre important de positions vendeuses, signe que les investisseurs restent positionnés pour bénéficier d’une poursuite de la remontée des taux. Cela n’est pas forcément favorable au billet vert. Le potentiel d’appréciation supplémentaire fondé sur un scénario restrictif déjà largement intégré paraît de plus en plus limité. Par ailleurs, après le discours de Warsh à Jackson Hole, le seuil nécessaire pour surprendre les marchés s’est probablement élevé. Cette logique du « hausse des taux ou rien » contribue également à expliquer la réaction relativement modérée des marchés. À ce stade, nous conservons une opinion modérément positive sur le dollar américain, notre scénario central restant celui d’une hausse des taux de la Fed la semaine prochaine.
EUR L’euro résiste, pour l’instant
L’euro a fait preuve de résilience cette semaine malgré l’envolée des prix du pétrole à leurs plus hauts niveaux depuis mai. L’EUR/USD a terminé la semaine quasiment inchangé, au-dessus de 1,16. La réunion de la BCE, au ton résolument restrictif, a probablement contribué à compenser un sentiment de marché moins favorable, même si les marges de soutien additionnel apportées par la communication de la BCE semblent désormais limitées. Les marchés anticipent encore deux hausses de taux supplémentaires d’ici avril 2027, une projection qui paraît quelque peu excessive compte tenu de la transmission encore limitée de la hausse des prix de l’énergie à l’inflation globale. La trajectoire future dépendra toutefois largement de l’évolution des prix du pétrole. L’euro est resté relativement stable face à la plupart des grandes devises. Le principal mouvement a été une baisse d’environ 2 % de l’EUR/JPY, portée par les anticipations croissantes d’une politique monétaire plus restrictive de la Banque du Japon. Nous continuons de voir des risques modérés de baisse pour l’EUR/USD avant la réunion de la Fed la semaine prochaine.

GBP Une semaine en demi-teinte
La livre sterling a connu une nouvelle semaine davantage influencée par les développements mondiaux que par les facteurs domestiques. Le ton restrictif de la BCE a pesé sur la paire GBP/EUR, tandis qu’une inflation américaine supérieure aux attentes a entraîné le GBP/USD sous le seuil de 1,35. La devise britannique a néanmoins tenté de rebondir en fin de semaine après la publication d’un PIB britannique meilleur que prévu, en hausse de 0,4 % sur un mois, renforçant l’idée que l’économie du Royaume-Uni résiste mieux qu’anticipé. Malgré cela, les thèmes dominants sont restés externes : hausse du coût du financement à l’échelle mondiale, révision à la hausse des anticipations de taux et évolution du sentiment de risque. Dans ce contexte, la performance de la livre au sein du G10 est restée contrastée, reflétant davantage les évolutions macroéconomiques mondiales que des facteurs propres au Royaume-Uni. L’attention se tourne désormais vers les statistiques britanniques de la semaine prochaine ainsi que vers la réunion de la Banque d’Angleterre. Les chiffres de l’emploi et de l’inflation permettront de déterminer si la résilience récente de l’économie peut se prolonger. Aucune hausse de taux n’est actuellement anticipée lors de la prochaine réunion, mais les marchés continuent de tabler sur environ trois relèvements de taux d’ici le premier trimestre 2027. Tout nouveau signe d’essoufflement du marché du travail ou de ralentissement des pressions inflationnistes pourrait remettre en question ces attentes et affaiblir l’un des principaux soutiens de la livre.
CHF Le franc à la croisée des chemins
Le franc suisse a de nouveau subi des pressions cette semaine, les marchés continuant de privilégier son rôle de devise de financement. Alors que la Banque nationale suisse devrait maintenir ses taux proches de zéro pendant une période prolongée, le CHF demeure une source de financement attractive pour les stratégies de carry trade, en particulier dans un contexte d’incertitude croissante autour du yen. Toutefois, même si le franc reste l’une des devises les moins rémunératrices du G10, les marchés d’options commencent à intégrer davantage de risques dans les deux sens. Les primes de volatilité sur l’EUR/CHF ont progressé depuis la fin août, reflétant à la fois la revalorisation plus générale de la volatilité sur le marché des changes après le rebond du yen et les interrogations croissantes sur la capacité de la BNS à rester aussi accommodante que les marchés l’anticipent. Les dernières statistiques suisses se sont révélées étonnamment solides. L’inflation a doublé entre juillet et août et la croissance du deuxième trimestre a largement dépassé les attentes. Si cette résilience de l’économie suisse continue de remettre en cause le scénario d’une politique monétaire durablement inchangée, le franc pourrait devenir une devise de financement plus volatile que ce à quoi les investisseurs étaient habitués.
