- Le plus bas niveau depuis quatre ans. Le principal grand titre du début de la semaine : la vente massive du dollar américain. Le billet vert a en effet plongé à son plus bas niveau en quatre ans, sous l’effet conjugué du caractère imprévisible des politiques et de la rumeur qui court sur les marchés selon laquelle Washington ne s’inquiète pas de la faiblesse du dollar, ce qui a pesé sur le moral des investisseurs.
- Les inquiétudes reviennent. Les marchés mondiaux ont par la suite subi un regain de volatilité. L’indice VIX, lié à l’inquiétude, a grimpé pour atteindre la barre des 20, en raison de la montée des tensions géopolitiques et du sentiment d’anxiété lié au fait que le marché de l’IA ait dévié de ses fondamentaux.
- Flambée du pétrole. Le prix du pétrole brut Brent a bondi de 5 %, car Donald Trump a enjoint l’Iran à accepter un traité sur le nucléaire, sans quoi les forces armées interviendraient dans le pays. Cela s’est traduit par une prime de risque accrue sur le marché de l’énergie.
- Panique technologique. Le secteur technologique n’est pas en reste en ce qui concerne les turbulences : les bénéfices de Microsoft ont suscité des doutes quant aux amortissements à court terme des investissements massifs dans l’intelligence artificielle. En conséquence, le cours de l’action a reculé de presque 12 % et a entraîné le Nasdaq à la baisse.
- De précieux gains. Les métaux précieux, en particulier l’or et l’argent, bénéficient souvent dans un climat d’aversion au risque. Ils ont connu une vente massive, les traders se procurant des liquidités au vu des records historiques atteints au début de la semaine.
- Un refuge au moment opportun. Sur le marché des changes, les récents épisodes d’aversion au risque n’ont pas systématiquement soutenu le dollar américain. Cette semaine, toutefois, la demande a rebondi : en effet, l’aversion au risque touche à la fois les devises des marchés émergents, les actions, les cryptomonnaies et les métaux.
- Nomination de Kevin Warsh. Autre source de renforcement du dollar : des rapports selon lesquels Donald Trump s’apprêterait à nommer Kevin Warsh en tant que président de la Réserve fédérale.
Macro mondiale
La hausse des matières premières se poursuit
La hausse accélère, puis ralentit. Après avoir atteint 5 000 $ l’once, l’or a continué sa hausse pour atteindre un nouveau record historique (5 400 $). La tendance s’est ensuite inversée en fin de semaine. L’argent a enregistré jusqu’à 57 % de hausse en glissement annuel, suivi par le platine et le palladium (27 et 24 % respectivement). Les trois métaux ont ensuite décroché de 12 % vendredi matin en raison des rumeurs selon lesquelles Kevin Warsh pourrait devenir le prochain président de la Fed, ce qui a propulsé le dollar. Cela étant, la hausse du cours des métaux précieux a été remarquable cette année. Les analystes peinent à déterminer le conducteur précis : s’agit-il de la pondération liée à l’accumulation par la banque centrale, de l’accélération de ce qu’on appelle le « commerce de dévaluation », ou d’une mesure préventive contre une nouvelle hausse de l’inflation ? Il s’agit peut-être également d’une réaction aux déficits budgétaires et à la pression imminente qu’ils exercent sur les rendements à long terme, ou d’une course géopolitique pour sécuriser les minerais essentiels à la survie industrielle. Qu’il s’agisse d’une couverture contre l’inflation, d’une pénurie industrielle ou d’un cocktail explosif de tous ces facteurs, c’est à présent au tour du sous-secteur de l’énergie. En effet, les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont provoqué une hausse de 6 % du prix du pétrole cette semaine.
Rien de palpitant à la Fed. Lors de la conférence de presse de cette semaine, Jerome Powell a évité les questions concernant son opposition à la citation à comparaître du ministère de la Justice. Sans donner de réponse concernant les sujets brûlants, la session s’est conclue sur une note particulièrement terne. De son côté, Jerome Powell a lourdement insisté sur l’indépendance de la banque centrale. Il reste deux réunions avant la fin de son mandat, et il est évident que la prochaine décision de la Fed sera noyée par le climat politique et de nombreuses données avant la réunion de mars.
Divergence économique aux États-Unis. À l’heure actuelle, l’économie américaine constitue un cas d’école en matière de contradictions. En effet, il existe un fossé béant entre la vigueur des chiffres bruts et le sentiment général de la population. Alors que les chiffres de croissance du quatrième trimestre dépassent le seuil impressionnant de 5 %, la confiance des consommateurs s’est dans le même temps effondrée à son plus bas niveau depuis 2014. Cette divergence se reflète dans un marché du travail atypique, où le temps nécessaire pour retrouver un emploi a atteint son niveau le plus élevé depuis 2021, alors même que les demandes initiales d’allocations chômage ne signalent toujours pas de poussée récessionniste.
Perspectives sur le marché des changes
Le sentiment donne le ton
USD Le recul du dollar s’axe sur le sentiment. L’indice du dollar a reculé de plus de 1 % en fin de semaine. En cause : un sentiment plus faible à l’égard du billet vert étant donné le caractère imprévisible des politiques de Donald Trump. La vente massive de titres a ralenti suite à la publication d’informations selon lesquelles Kevin Warsh, considéré comme plus belliciste, serait privilégié par Donald Trump pour succéder à Jerome Powell à la présidence de la Fed. Un climat général d’aversion au risque, ainsi que les déclarations de Scott Bessent indiquant que la Fed ne prévoit pas d’intervention conjointe sur le marché des changes avec la BoJ, ont également contribué à stabiliser le mouvement. Pour autant, le dollar est toujours déconnecté de sa juste valeur compte tenu du contexte macroéconomique. La réaction limitée au biais plus restrictif adopté cette semaine par le FOMC a en réalité mis en évidence à quel point un sentiment toujours fragile continue d’alimenter cette divergence. Le niveau de 96 a tenu en tant que support clé de long terme, définissant une nouvelle fourchette du DXY pour 2025/26 comprise entre 96 et 100, en baisse par rapport à la bande 100–107 observée en 2023/24. Cette fourchette devrait pour l’instant se maintenir au vu des fondamentaux stables. Cependant, à long terme, les risques pourraient s’accumuler. La performance macroéconomique relative de la zone euro et du Japon, tous deux soutenus par d’importants engagements de dépenses et contribuant de manière significative à l’indice, pourrait remettre en cause la prime de croissance américaine. Une cassure baissière serait justifiée si le dollar commence également à perdre son soutien fondamental, la Fed étant susceptible d’adopter une orientation plus accommodante plus tard dans l’année face à la pression inflationniste en recul.
EUR Hausse de l’euro, mais pas de fondamentaux. Au vu de la faiblesse généralisée du dollar, l’euro n’a pas eu de mal à en profiter : en effet, la demande pour la monnaie unique, la deuxième plus liquide, a vu sa demande augmenter. La paire EUR/USD achève la semaine en hausse d’environ 1 % sur la semaine et de près de 2 % depuis le début de l’année. Le mouvement semble excessif, alimenté en grande partie par un pessimisme envers le dollar dicté par le sentiment. Fondamentalement, la hausse est peu soutenue : Les écarts de taux EUR/USD ont atteint leur plus haut niveau depuis début novembre 2025 en faveur du dollar. Les aspects techniques pourraient soutenir l’euro, la tendance baissière de long terme de la paire étant remise en question après une brève percée au‑dessus de 1,20 cette semaine. Cela dit, une cassure durable au‑dessus de cette zone, ainsi qu’une invalidation du schéma de sommets descendants (testant les plus hauts de 2021 à 1,2260), seraient nécessaires pour réellement renforcer la confiance des acheteurs et déclencher une cassure haussière. Sans soutien fondamental, toutefois, seule une détérioration nette du dollar pourrait fournir le catalyseur de sentiment nécessaire pour remettre en cause la configuration baissière de long terme de la paire. Nous considérons cela comme un risque favorable et continuons de prévoir un retour en dessous de 1,18 à moyen terme.
GBP Fluctue au gré du sentiment mondial. La livre sterling a passé la semaine à suivre les tendances mondiales plutôt que les facteurs nationaux. La paire GBP/USD a franchi la barre des 1,38 pour atteindre un nouveau record en quatre ans. En effet, les données économiques américaines plus faibles ont pesé sur le dollar, maintenant ainsi la perspective d’un taux de change supérieur à 1,40 malgré l’absence d’un catalyseur important au Royaume-Uni. Sur le marché des options de change, les traders ont renforcé leurs anticipations d’une livre plus forte face au dollar, atteignant le niveau le plus haussier sur une semaine depuis 2019. Les risk reversals sur des échéances plus longues ont également grimpé jusqu’aux niveaux observés en avril dernier, suite à l’annonce de Donald Trump des tarifs douaniers. Par ailleurs, la paire GBP/EUR s’est stabilisée, ce qui reflète une tendance récente : ors des périodes d’incertitude outre-Atlantique, la paire de devises a évolué de manière moins marquée en faveur de l’euro qu’elle ne l’a fait tout de suite après le « Liberation Day ». Notre perspective à moyen terme reste légèrement baissière, bien que nous reconnaissions une possibilité de surprises haussières si le contexte économique s’améliore. Le prochain rendez-vous attendu est la première réunion de la Banque d’Angleterre de l’année. Aucun changement ne devrait en découler, mais la répartition des voix sera le véritable signal permettant aux marchés d’évaluer la direction d’un MPC toujours divisé.
CHF Vainqueur incontesté. Le franc suisse s’est imposé comme l’un des principaux bénéficiaires de la récente baisse du dollar, atteignant des niveaux qui, par le passé, auraient provoqué une intervention ferme de la Banque nationale suisse. La paire USD/CHF se situe désormais à 0,77, son plus haut niveau depuis que la BNS a retiré le plafond de change. La monnaie enregistre également des gains similaire face à l’euro. Le climat géopolitique, les nouvelles menaces commerciales des États-Unis et l’absence de la Suisse dans les différends liés aux tarifs douaniers ont contribué à la hausse de la demande de franc suisse, la confiance envers le dollar commençant à s’estomper. On remarquera toutefois la tolérance de la BNS. La paire EUR/CHF flirte avec les zones d’intervention passées. Cependant, la baisse des dépôts à vue suggère que les décideurs politiques hésitent encore. Cette situation se produit alors même que les autorités mettent en garde contre le risque qu’une force excessive du franc fasse de nouveau passer l’inflation dans le rouge, tout en indiquant que le seuil pour revenir à des taux négatifs reste élevé. Malgré ces mouvements prononcés, le maitre-mot est actuellement la continuité : le franc pondéré en fonction des échanges commerciaux a progressé de manière continue pendant près de huit ans, faisant de cette dernière appréciation une étape d’une tendance longue et ordonnée plutôt qu’un choc soudain.