Le Yen sous les projecteurs. Les marchés ont déjà eu fort à faire cette année, mais cette semaine n’a fait qu’aggraver la situation. Le responsable : la flambée du yen. Une intervention présumée du Japon, après que la paire USD/JPY a atteint 160,725, a entraîné une forte baisse de celle-ci, déstabilisant le dollar de manière plus générale.
La diplomatie toujours au point mort. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran restent dans une impasse, le détroit d’Ormuz est toujours de facto impraticable, et le marché continue d’intégrer une importante prime de risque géopolitique, ce qui a permis aux cours du pétrole d’atteindre cette semaine leur plus haut niveau depuis 2022.
Abou Dabi déconnectée. La décision des Émirats arabes unis de quitter l’OPEP a ajouté un nouveau rebondissement dans le secteur pétrolier : une pénurie à court terme provenant d’Ormuz, mais une flexibilité d’approvisionnement à plus long terme de la part d’un grand producteur qui n’est plus soumis aux quotas du cartel.
Presque aucune réaction du côté des actions. Le S&P 500 a progressé de 10,4 % en avril, tandis que le Nasdaq a bondi de 15,3 % (leurs meilleurs mois depuis 2020), atteignant ainsi de nouveaux records grâce à d’excellents résultats et à l’appétit toujours insatiable du marché pour les investissements dans l’intelligence artificielle.
Une posture toujours belliciste. Les banques centrales maintiennent leurs taux inchangés, mais adoptent tout de même une posture résolument belliciste : la Fed, la BCE, la BoE et la BoJ ont toutes maintenu leurs taux inchangés, mais il faut retenir que la hausse des prix de l’énergie assombrit les perspectives d’inflation et fait pencher la balance davantage vers une hausse que vers une baisse lors de la prochaine décision.
Jerome Powell tire sa révérence. La dernière réunion de Jerome Powell en tant que président de la Fed s’est soldée par un vote de 8 contre 4, la décision la plus disputée de la Fed depuis 1992, et s’est conclue sur un coup de théâtre après qu’il a annoncé son intention de rester au Conseil en tant que gouverneur pendant toute la durée de la restructuration de la Fed.
Macro mondiale
Une vague de gel dans un contexte de renouvellement de la hausse de l’inflation mondiale
Vague de gel. Comme prévu, la Fed a maintenu la fourchette cible des taux de fonds fédéraux entre 3,50 % et 3,75 %, mais c’est le vote serré (8 voix contre 4), ainsi que le débat sur le maintien d’une « orientation accommodante », qui a fait les gros titres, soulignant une orientation politique plus débattue. La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 % (comme prévu), invoquant principalement les incertitudes géopolitiques et énergétiques ainsi que les risques dans les deux sens. En Europe, la BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,00 % et la Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 % (conformément aux prévisions), tandis que la Banque du Japon a maintenu son taux à 0,75 % dans un contexte marqué par des divergences internes nettement orientées vers le resserrement monétaire.
Réévaluation des prix aux États-Unis. Le PIB du premier trimestre (chiffre préliminaire) s’est établi à +2,0 % en données corrigées des variations saisonnières (CAE), contre +2,2 % attendus, marquant un rebond par rapport aux +0,5 % du quatrième trimestre, mais constituant tout de même une légère déception par rapport aux prévisions. Les chiffres de l’indice PCE pour mars se sont révélés conformes aux principaux indicateurs d’inflation (globale : +0,7 % en glissement mensuel, +3,5 % en glissement annuel ; sous-jacente : +0,3 % en glissement mensuel, +3,2 % en glissement annuel), ce qui a permis au débat sur l’inflation de rester d’actualité, même sans dépassement des prévisions. Les données relatives à la demande étaient plus solides : les revenus des ménages ont progressé de 0,6 % contre une prévision de +0,3 %, et les dépenses de 0,9 % contre une prévision de +0,9 %, tandis que les demandes initiales d’allocations chômage ont reculé à 189 000 contre une prévision de 212 000, ce qui renforce l’idée selon laquelle « la croissance continue de progresser lentement » malgré des chiffres d’inflation en hausse.
L’euro sous pression. La zone euro a affiché un PIB de +0,1 % en glissement trimestriel, contre +0,2 % prévu (un résultat toujours positif, mais une dynamique en baisse), tandis que le marché de l’emploi est resté stable, avec un taux de chômage de 6,2 % (conforme aux prévisions). Le principal facteur qui a influencé le marché était l’inflation : l’estimation préliminaire de l’IPCH pour avril s’établit à +3,0 % en glissement annuel, contre une prévision de 2,9 % (en hausse par rapport à 2,6 %), sous l’effet d’une inflation énergétique qui a bondi à 10,9 %. Cette combinaison (croissance modérée + inflation tirée par les prix de l’énergie) a contraint la BCE à adopter une posture attentiste, non pas parce que la tendance à la désinflation serait révolue, mais parce que ce choc à court terme accroît le risque de hausse de l’inflation alors que la croissance est déjà fragile.
Chine. L’indice PMI composite chinois s’est maintenu juste au-dessus du seuil des 50 points, ce qui laisse entrevoir une stabilisation plutôt qu’une nouvelle accélération. Les données semblent indiquer que les mesures de soutien prises par les pouvoirs publics empêchent une nouvelle détérioration, mais la dynamique du secteur privé reste fragile. Les marchés ont continué à considérer la Chine comme un réducteur de friction, et non comme un moteur de croissance.
Perspectives sur le marché des changes
La Banque du Japon secoue les marchés
USD La décision de la Banque du Japon se répercute sur le dollar. Le dollar américain a terminé la semaine en baisse générale, ces pertes étant principalement dues à l’impact de l’intervention présumée de la Banque du Japon sur la paire USD/JPY jeudi. En début de semaine, le dollar américain s’est raffermi après que la Réserve fédérale a maintenu ses taux d’intérêt inchangés, mais le vote a donné lieu à quatre voix dissidentes, ce qui en fait la décision la plus controversée de la Fed depuis le début des années 1990. Trois membres votants se sont opposés à l’idée de laisser entrevoir de futures baisses de taux, invoquant les risques d’inflation et la bonne tenue de l’économie. À l’inverse, Stephen Miran, membre du conseil d’administration nommé par Donald Trump, a exprimé son désaccord en faveur d’une baisse immédiate des taux de 25 points de base, estimant que la politique monétaire était devenue inutilement restrictive. D’une manière plus générale, l’indice du dollar américain reste clairement orienté à la baisse, le DXY se situant sous les moyennes mobiles clés à court et à long terme. Dans les jours à venir, l’accent sera mis sur l’emploi, avec la publication des chiffres JOLTS (offres d’emploi et rotation de la main-d’œuvre) mardi, ceux d’ADP mercredi et les chiffres de l’emploi non agricole vendredi.
EUR : Peine à tirer profit de la situation. La paire EUR/USD s’est rapprochée de ses plus hauts niveaux sur dix jours au cours d’une semaine de négociation relativement calme pour la monnaie unique, soutenue par le recul du dollar américain en fin de semaine, les inquiétudes concernant l’impact de la hausse des prix du pétrole sur la croissance européenne venant tempérer tout effet positif lié à un éventuel resserrement de la politique monétaire. L’euro s’est affaibli sur les autres marchés, la paire EUR/GBP frôlant son plus bas niveau depuis huit mois. L’euro a connu des difficultés alors même que la Banque centrale européenne a laissé la porte ouverte à un resserrement de sa politique monétaire lors de sa réunion de jeudi sur les taux d’intérêt. Tout en maintenant ses taux inchangés, la BCE a indiqué qu’elle envisagerait des hausses lors de sa prochaine réunion en juin si les prix de l’énergie restaient élevés. Techniquement parlant, la paire EUR/USD reste dans une tendance haussière modérée, avec un support à 1,1600 et une résistance à 1,1850. Une semaine plus calme s’annonce, avec la publication des indices PMI définitifs du secteur manufacturier lundi, ceux du secteur des services mercredi et les chiffres des ventes au détail jeudi.
GBP Franchissement de la résistance à 1,36. La livre sterling a fait preuve d’une remarquable résilience jusqu’à la fin avril, suivant la tendance à la hausse de l’appétit pour le risque à l’échelle mondiale, même si la hausse des prix du pétrole a limité son potentiel de hausse. En début de semaine, la paire GBP/USD a rebondi nettement sur sa moyenne mobile à 100 jours avant de franchir la barre des 1,36, atteignant ainsi un nouveau plus haut depuis la fin du conflit, ce qui confirme que la tendance haussière générale observée en avril reste intacte. La hausse des prix de l’énergie, avec le pétrole qui a fortement rebondi, a davantage joué le rôle d’un plafond que d’un facteur de retournement, tempérant les hausses plutôt que de les faire dérailler. La décision de la Banque d’Angleterre de maintenir son taux à 3,75 % a brièvement pesé sur la livre sterling, le message émis étant légèrement accommodant, mais cet effet s’est avéré de courte durée. C’est plutôt la dynamique des marchés des changes mondiaux qui a occupé le devant de la scène, la forte hausse du yen japonais ayant dominé l’évolution des cours en fin de semaine et alimenté la volatilité sur les paires de devises impliquant le dollar américain, y compris la livre sterling. La performance relative est restée positive. La paire GBP/EUR a poursuivi sa lente progression, avec désormais la barre des 1,16 en ligne de mire, soutenue par l’élargissement des écarts de croissance, de rendement et de politique monétaire entre le Royaume-Uni et la zone euro. Dans l’ensemble, la livre sterling a terminé la période soutenue par l’appétit pour le risque et la dynamique technique, le rythme étant dicté par des chocs externes, et non par une faiblesse interne.
CHF : Profite de l’attractivité du yen. Le franc suisse continue de faire preuve de résilience plutôt que d’assumer pleinement son rôle de valeur refuge, mais il a bénéficié cette semaine d’une forte remontée du yen japonais. Les paires EUR/CHF et USD/CHF ont toutes deux chuté brusquement, la paire EUR/CHF effaçant en une seule séance tous les gains enregistrés en avril, ce qui met en évidence la rapidité avec laquelle les mouvements du franc suisse peuvent se produire lorsque les positions sont surchargées et que la volatilité flambe. Cette évolution semble moins liée à une modification des fondamentaux suisses qu’à des répercussions entre les valeurs refuges, la nervosité généralisée sur les marchés et le risque renouvelé d’intervention au Japon ayant suscité une demande défensive pour les devises à faible rendement. Dans ce contexte, le franc suisse a joué le rôle de devise secondaire aux côtés du yen, bien qu’il ait continué à être freiné par des considérations de politique intérieure. Ces contraintes restent intactes. Le taux de change effectif réel de la Suisse se situe près de son plus haut niveau depuis 15 ans, ce qui renforce la sensibilité accrue de la BNS à un nouveau raffermissement de la monnaie et confirme clairement que sa tolérance à l’égard d’une intervention s’est accrue. Par conséquent, les hausses du CHF devraient rester ponctuelles et dépendre d’effets de contagion, plutôt que de marquer un tournant vers une surperformance durable et autonome de cette valeur refuge.