Le Golfe sous tension. Le prix du pétrole a augmenté de plus de 6 % cette semaine en raison d’une intensification des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Celle-ci a pesé sur le sentiment de risque global, ce qui a déclenché un mouvement de réduction des risques.
Coup de fouet. Le dollar a bénéficié des tensions géopolitiques grâce à la hausse des prix du pétrole. L’attrait du dollar comme valeur refuge suite au « Liberation Day » refait surface lors des chocs pétroliers, notamment grâce la position des États-Unis en tant qu’exportateur d’énergie. Le dollar australien a lui aussi bénéficié de la situation.
Les actifs américains ne sont pas boudés. Les investisseurs continuent à acheter des actifs américains au vu de la croissance du pays, ce qui contredit l’idée reçue selon laquelle les actifs américains sont vendues. Pourtant, les actions américaines sont toujours derrière leurs homologues : la région APAC domine les marchés.
Allusions bellicistes. Le compte-rendu de la Fed fait état d’inquiétudes renouvelées concernant l’inflation et l’affaiblissement du marché du travail. Certains responsables ont même laissé entendre qu’il faudra peut-être augmenter les taux à nouveau. Cette situation a provoqué une augmentation des rendements à court terme et ont soutenu la hausse du dollar (plus de 1 %) cette semaine.
Des politiques contrastées. Le caractère belliciste de la Fed contraste avec le souhait du président américain Donald Trump de baisser les taux. Cette situation complique la tâche du candidat de ce dernier à la présidence de la Fed (Kevin Warsh), et est susceptible de faire grimper les rendements à long terme et d’exercer une pression renouvelée sur le dollar.
Le dollar néo-zélandais est en baisse. La Banque de réserve de Nouvelle-Zélande (RBNZ) adopte une posture accommodante et a repoussé les hausses de taux prévues à 2027, ce qui a pénalisé le dollar néo-zélandais et chamboulé les attentes en matière de politique monétaire.
Un Royaume-Uni accommodant. Les données britanniques décevantes, par exemple la hausse du chômage ainsi que le ralentissement des salaires et la baisse de l’inflation, ont augmenté la probabilité d’une baisse de taux précoce de la part de la BoE. Nonobstant l’indice PMI et les ventes au détail encourageants, la livre sterling est sous pression, d’autant plus avec le risque politique à prévoir la semaine prochaine.
Macro mondiale
Un déficit commercial à l’abri des tarifs douaniers
Une faible baisse. Malgré les affirmations de victoire de l’administration, la baisse de 0,2 % du déficit commercial en 2025 (à 901,5 milliards de dollars) était un mirage statistique provoqué par une hausse des exportations d’or plutôt que par un changement structurel. Sous la surface, le déficit des biens a en réalité atteint 1 240 milliards de dollars, un record historique. Les tarifs douaniers ont réduit le déficit avec la Chine de près de 32 %, mais ce déficit s’est simplement déplacé vers d’autres pays. De plus, le dollar plus faible n’a pas permis de combler cet écart. Même avec des prix d’exportation plus compétitifs, les États-Unis restent dépendants des importations de technologies de pointe qui ne peuvent pas encore être produites localement.
Surprise belliciste. Le dernier compte rendu de la Fed fait état d’un conseil d’administration très divisé, et il semble que Jerome Powell ait peiné à faire part des points de vue divergents lors de la dernière conférence de presse. Alors que la perspective d’une « hausse si nécessaire » est de nouveau envisagée, le principal défi pour le futur président de la Fed, Kevin Warsh, sera de convaincre le conseil d’administration de sa thèse selon laquelle les forces de l’IA sont structurellement désinflationnistes. Ces frictions devraient raviver la volatilité d’origine macroéconomique au deuxième trimestre.
Baisses liées au ralentissement économique. Avec le ralentissement de l’économie britannique, la Banque d’Angleterre envisage une baisse des taux le mois prochain. Selon les données de janvier, l’inflation globale a atteint son niveau le plus bas depuis près d’un an (3,0 %). La cause : une baisse généralisée des prix des biens et des services. Cette tendance désinflationniste est renforcée par un marché du travail en ralentissement, avec un chômage qui atteint 5,2 % (et 14 % chez les jeunes), ainsi qu’une croissance des salaires dans le secteur privé qui ralentit à 3,4 %. Ensemble, ces données ouvrent la voie à un assouplissement monétaire.
Perspectives sur le marché des changes
La vigueur du dollar menacée par les risques pesant sur le marché du travail
USD : Le dollar américain augmente, mais ne flambe pas. L’indice du dollar achève la semaine en hausse d’environ 1 %. Un sentiment toujours faible à l’égard du dollar a été éclipsé par des données macroéconomiques américaines plus solides, le tout dans un contexte géopolitique marqué par une pression militaire accrue sur l’Iran pour parvenir à un accord nucléaire. Bien que l’attrait du dollar en tant que valeur refuge se soit globalement estompé, il continue de dominer le yen et l’euro lors des épisodes liés au pétrole, en raison de son rôle central dans la facturation pétrolière et de son statut de principal exportateur de l’or noir. Cela dit, seule un autre épisode d’intensification justifierait une nouvelle hausse du dollar. Côté macroéconomique, le nombre élevé de demandes d’allocations chômage hebdomadaires et des chiffres robustes de la production industrielle indiquent toujours un marché du travail plus stable et une activité économique soutenue, des données confirmées par le compte rendu de la Fed de la réunion de janvier. Pour autant, avec un sentiment fragile et une trajectoire des taux qui suggère timidement un ton belliciste tout en restant orientée vers un assouplissement, le dollar semble se stabiliser à moyen terme autour du niveau des 98, où nous prévoyons que l’indice se situera d’ici la fin du premier trimestre.
EUR : L’élan de l’euro s’essouffle. La paire EUR/USD a passé la semaine à reculer progressivement, repassant sous la barre des 1,18 après une longue remontée vers ses plus hauts niveaux depuis 2021. Une partie de ce repli s’explique par un ajustement technique, mais les facteurs principaux restent l’élargissement des différentiels de taux et la flambée des prix du pétrole liée aux tensions entre l’Iran et les États-Unis, un contexte peu favorable pour l’euro en tant qu’importateur de pétrole. L’euro a également été confronté à une surprise lorsque Christine Lagarde a annoncé qu’elle quitterait ses fonctions plus tôt que prévu, un geste interprété comme stratégique sur le plan politique et qui réintroduit une prime de risque, à un moment où le thème de « l’indépendance des banques centrales » revient au premier plan. Parallèlement, des signes d’assouplissement réapparaissent alors que la vigueur de l’euro attire l’attention de la BCE et que l’inflation reste en dessous de l’objectif. Pour autant, l’élargissement des différentiels de taux en faveur du dollar semble difficile à maintenir, sauf si les prochaines données confirment le contraste naissant entre la BCE plus accommodante et la Fed plus belliciste. Il est encore trop tôt pour trancher, ce qui explique pourquoi nous nous abstenons d’affirmer que le niveau de 1,18 se réinstaure définitivement comme une résistance bien établie.
GBP : Une dérive accommodante. La livre sterling s’oriente vers sa plus forte baisse hebdomadaire face au dollar depuis plus d’un an, reculant d’environ 1,4 % alors que la paire GBP/USD casse un support clé et s’approche de sa moyenne mobile à 200 jours, près de 1,3445 $. Cette évolution reflète une tournure accommodante des données britanniques : le chômage a légèrement augmenté, la croissance des salaires s’est ralentie et l’inflation globale a reculé. Les marchés estiment désormais à 80 % la probabilité d’une baisse des taux de la Banque d’Angleterre en mars. Ce changement dans les anticipations de taux a pesé sur la livre sterling de manière globale. Alors que les marchés anticipent une Banque d’Angleterre plus accommodante et une Fed plus belliciste, les points de terme à 12 mois de la paire GBP/USD sont devenus positifs pour la première fois depuis août, le différentiel de taux jouant désormais en faveur du dollar. Si le sentiment mondial fragile et l’incertitude géopolitique exercent une pression marginale, les moteurs principaux restent d’ordre domestique. Le ralentissement des données économiques au Royaume-Uni, couplé à une orientation plus souple de la Banque d’Angleterre, expose la livre sterling à une vulnérabilité accrue. Autre obstacle majeur : le risque politique. Le scrutin partiel prévu la semaine prochaine pourrait intensifier les tensions au sein de l’équipe du Premier ministre Keir Starmer et accentuer l’impression d’incertitude sur les politiques à venir.
CHF : Résistance structurelle. Le franc suisse reste exceptionnellement solide, soutenu par d’importants flux en tant que valeur refuge face aux inquiétudes liées à une possible dépréciation du dollar et aux incertitudes géopolitiques, notamment les craintes persistantes autour d’une éventuelle frappe américaine contre l’Iran. La paire EUR/CHF se maintient autour du niveau de 0,91, son plus bas historique en dehors de la brève perturbation de 2015, et la paire devrait rester sous pression tant que les tensions géopolitiques persistent et que le renforcement naval américain au Moyen-Orient ne s’atténue pas. Les spéculations autour d’une intervention de la BNS vont bon train, mais les attentes restent élevées. L’inflation reste confortablement dans la fourchette cible de la BNS, laquelle est réticente à provoquer l’administration américaine en s’opposant trop ouvertement à l’appréciation du franc. Les responsables ont souligné à plusieurs reprises qu’ils ne souhaitent pas ramener les taux directeurs en territoire négatif, mais la pression persistante sur la paire EUR/CHF pourrait amener les marchés à anticiper une baisse complète de 25 points de base par la BNS au cours de l’année à venir. Pour l’heure, l’attrait du franc suisse en tant que valeur refuge, combiné à l’absence de contre-mesures crédibles de politique monétaire, maintient fermement la force du CHF.