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La situation reste chaotique

La hausse des prix de l’énergie et les tensions au Moyen-Orient créent un risque d’inflation, qui inquiète les marchés. Les actions reculent, les rendements augmentent, les chaînes d’approvisionnement sont paralysées et les métaux dégringolent. Les banques centrales, quant à elles, maintiennent leur taux inchangés, tandis que le dollar s’affaiblit légèrement.

Convera Weekly FX Report

Tensions mondiales. La nouvelle flambée des prix de l’énergie s’est traduite par une dégringolade des actions et des obligations, en raison des craintes qu’un conflit prolongé au moyen orient attise l’inflation et freine la croissance. Les indices boursiers américains ont atteint leur plus bas niveau depuis quatre mois et les rendements obligataires ont bondi.

Des infrastructures énergétiques touchées. Le prix du pétrole brut Brent a atteint les 120 $ et celui du gaz naturel européen a bondi jusqu’à 35 %. En cause, l’intensification des attaques dans le golfe persique, qui a fait craindre que les infrastructures énergétiques critiques avaient subi des dégâts durables. Les prix ont reculé en fin de semaine, sur fond de signes timides d’apaisement de la situation.

Les prix montent en flèche. Les coûts liés aux conflits ont jusqu’à quadruplé les prix du transport de conteneurs. Les embouteillages au niveau du Golfe se font maintenant ressentir jusqu’en Asie et en Afrique du nord. Par ailleurs, l’indice mondial de pression sur les chaînes d’approvisionnement a atteint son plus haut niveau depuis 2023.

Les banques centrales adoptent une posture attentiste. Les paris sur l’assouplissement monétaire ont été équilibrés : la Fed, la BoC, la BoE, la BCE, la BoJ et la BNS ont toutes maintenu leurs taux inchangés. Peu de choses sont à retenir du côté de la Fed. Cependant, le vote unanime de la BoE a déclenché la plus forte chute des actions Sonia depuis 2022. La BCE affiche quant à elle une certaine prudence malgré les risques liés à l’énergie, tandis que la RBA a procédé à sa deuxième hausse de taux de 2026.

Métaux en chute libre. Le tournant belliciste de la politique monétaire des banques centrales a durement frappé les métaux précieux : l’or est en passe d’enregistrer une perte mensuelle record en dollars, tandis que l’argent a chuté de près de 30 % ce mois-ci, soit une baisse de plus de 10 % en une semaine.

Le dollar recule de 1 %. L’indice du dollar américain a cédé une partie de ses gains liés au conflit : le billet vert recule d’environ 1 % cette semaine par rapport à bon nombre de devises majeures. Cela étant, cette évolution fait davantage penser à un simple ajustement technique qu’à un véritable changement de conviction. Au vu du contexte géopolitique (la guerre en Iran), le statut du dollar comme valeur refuge pour les producteur du pétrole se maintient.

Chart: No relief: oil prices keep climbing

Macro mondiale
Réajustement mondial des taux d’intérêt

Fed. La Fed a maintenu ses taux entre 3,5 % et 3,75 %. La dernière réunion a révélé que la banque centrale n’était pas sûre que les taux actuels soient réellement assez restrictifs. Si le « dot plot » traduit une faible appétence pour des baisses de taux, l’aveu de Jerome Powell selon lequel les chocs d’offre compliquent la conduite de la politique monétaire laisse penser que la Fed est contrainte dans ses marges de manœuvre. En conséquence, les marchés ont revu à la baisse leurs anticipations d’assouplissement, non pas en raison de la solidité de l’économie, mais parce que la Fed manque de visibilité pour changer de cap.

BCE. La Banque centrale européenne a confirmé les craintes d’inflation en revoyant à la hausse ses prévisions pour 2026 (à 2,6 %). Bien qu’elle n’a pas pleinement validé le repositionnement marqué du marché en faveur de hausses de taux en 2026, elle ne s’y est pas opposée non plus. En ne contestant pas le discours plus restrictif, la banque a laissé aux marchés tout le loisir de continuer à intégrer des taux plus élevés dans leurs anticipations.

BoE. La Banque d’Angleterre a opéré un virage plus belliciste qu’attendu : le comité a voté à l’unanimité pour maintenir les taux à 3,75 % et a signalé une volonté d’« agir » allant au-delà de ses mises en garde précédentes. Le principal moteur est le choc énergétique lié au conflit en Iran, que la Banque estime susceptible de faire remonter l’inflation à court terme vers 3,5 %. Fait notable, même les membres traditionnellement favorables à une politique accommodante ont changé de position. Ils reconnaissent désormais qu’une hausse de taux pourrait s’avérer nécessaire si les effets inflationnistes liées à une deuxième vague venaient à s’installer durablement.

BoC. Le ton de la Banque du Canada concernant la demande intérieure s’est nettement adouci par rapport à janvier, la banque décrivant désormais la croissance comme plus faible que prévu initialement. En effet, les données affichent un certain ralentissement : la dynamique s’est fortement essoufflée après le troisième trimestre, le marché du travail a perdu de son élan initial et l’offre excédentaire persiste au lieu de se réduire.

RBA. La Banque de réserve d’Australie a procédé cette semaine à une deuxième hausse consécutive de 25 points de base, portant le taux directeur à 4,10 %. Si la décision était anticipée par de nombreux observateurs, les divisions internes et les arguments avancés laissent entrevoir une banque qui perd patience face à la persistance de la demande intérieure.

Chart: Markets push easing paths further out as Iran conflict drags

Perspectives sur le marché des changes
Soutenu grâce aux tendances bellicistes

USD : Deux facteurs de soutien. L’indice du dollar a partiellement effacé ses gains liés aux tensions cette semaine, reculant d’environ 1 %. Cette évolution ressemble davantage à un ajustement technique après les fortes tendances directionnelles observées plus tôt dans le mois qu’à un véritable changement de conviction. Le dollar reste toutefois en hausse d’environ 2 % depuis le début du mois. Un optimisme encore fragile en début de semaine quant à un éventuel apaisement des tensions a également contribué à atténuer la vigueur du dollar. Par la suite, les prix du pétrole ont de nouveau progressé, s’approchant désormais des 107 $ le baril, à mesure que les attaques visant des infrastructures énergétiques clés dans le golfe Persique se sont intensifiées. Cette reprise des tensions a soutenu le dollar, lui permettant de rebondir depuis la barre des 99,200 et de conserver une structure haussière faite de sommets et de creux ascendants depuis le 28 février. Les marchés semblent de moins en moins tenir compte des simples déclarations rassurantes sur les prix de l’énergie pour se concentrer sur les évolutions autour du détroit d’Ormuz, en particulier sur la position de l’Iran, compte tenu de son influence déterminante sur l’offre régionale. En l’absence de signes de désescalade, les pressions haussières sur le pétrole, et par ricochet sur le dollar, restent intactes. Le dollar a également bénéficié du ton plus belliciste adopté par la Fed lors de la réunion de mars. La persistance de l’inflation a mis à l’épreuve la tendance de la Fed à l’assouplissement, une situation désormais encore compliquée par le conflit. Les marchés ont rapidement intégré la quasi-disparition de toute baisse de taux d’ici la fin de l’année.

EUR : Retrouve un côté belliciste. La paire EUR/USD a augmenté de 1,4 % en fin de semaine, réduisant une partie de ses pertes mensuelles. Cela dit, la paire reste en recul d’environ 2 % depuis le début du mois. L’actualité plus stable concernant le pétrole et une inflexion plus restrictive de la BCE lors de sa réunion de mars ont contribué à alimenter le rebond, au-delà de ce qu’un simple ajustement technique aurait pu expliquer. Christine Lagarde est restée prudente, sans prendre d’engagement ferme, mais elle a souligné que les risques sur l’inflation ne sont pas orientés à la hausse et que le seuil pour envisager un resserrement s’est abaissé. Ce message a été renforcé par plusieurs responsables de la BCE, qui ont indiqué qu’ils pourraient relever les taux dès avril si l’inflation s’écarte trop de la cible. Les marchés ont fortement réévalué leurs anticipations, intégrant désormais plus de deux hausses de taux de 25 points de base d’ici 2026. Dans ce contexte, le soutien apporté à l’euro par cette posture plus restrictive devrait maintenir la paire EUR/USD dans une fourchette à court terme, avec un plancher à 1,1411 et un plafond à 1,1667. Les risques baissiers demeurent néanmoins plus marqués, en raison de l’absence d’apaisement du conflit et du rôle toujours déterminant des prix de l’énergie dans les dynamiques de change.

Chart: Mind the gap: USD outruns yields on petro-haven bid

GBP Rebond lié à la posture belliciste. La livre sterling a enregistré un rebond notable cette semaine, gagnant plus de 1 % face au dollar. Toutefois, la progression se heurte désormais à une résistance bien connue autour de sa moyenne mobile à 200 jours, proche de 1,3435 $. Le principal moteur de cette évolution est une réévaluation marquée des rendements britanniques, les marchés intégrant davantage une perspective plus restrictive de la Banque d’Angleterre. Le vote unanime (9–0) de la Banque pour maintenir les taux, ainsi que des projections d’inflation plus fermes, a en quelque sorte validé cette anticipation spéculative, apportant un soutien tactique à la livre via le canal des taux. Cependant, le contexte général favorise la prudence. Le Royaume-Uni reste exposé au choc des termes de l’échange à l’échelle mondiale, et la résistance de la livre dépendra en fin de compte de l’éventuelle dissipation de la récente envolée des prix de l’énergie. Certes, la livre a bénéficié du ton plus restrictif adopté par la Banque d’Angleterre, mais la réévaluation rapide des anticipations de marché pourrait finir par se transformer en frein, à mesure que les investisseurs s’interrogent sur la capacité réelle de l’économie à supporter un resserrement plus marqué. Les marchés d’options affichent d’ores et déjà un certain scepticisme : la protection contre le risque de baisse de la livre demeure nettement plus coûteuse que celle contre la hausse, ce qui reflète un marché qui perçoit un biais des risques en faveur d’une nouvelle sous-performance si le conflit venait à se prolonger.

CHF Les signaux accommodants ralentissent la devise. Le franc a enregistré sa plus forte baisse hebdomadaire face à l’euro depuis un an, la paire EUR/CHF progressant de près de 1 % après une série de décisions de banques centrales qui ont mis en évidence l’approche plus neutre de la BNS. Comme attendu, la Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0 %, une position facilitée par une inflation exceptionnellement faible en Suisse (seulement 0,1 % sur un an en février) ce qui laisse aux autorités une marge de manœuvre pour rester accommodantes malgré la hausse des prix mondiaux de l’énergie. La BNS a également réaffirmé que sa volonté d’intervenir sur les marchés des changes s’est accrue, ce qui est cohérent avec ses communications de début mars. Plus important encore, elle a clarifié la direction de l’intervention : elle est prête à contrer une appréciation excessive de la devise afin de préserver la stabilité des prix. Cela marque un net contraste avec 2022, lorsque la BNS achetait activement des francs afin de soutenir la monnaie et de contenir l’inflation importée. Ce changement indique que la BNS est désormais davantage préoccupée par les risques déflationnistes liés au conflit au Moyen-Orient, susceptibles d’attirer des flux vers les valeurs refuges, que par l’impact inflationniste de la hausse des prix de l’énergie.